Soumis par reza le May 18

1.4.2. L’environnement institutionnel relatif à la prise en compte du Genre dans les politiques publiques et les budgets nationaux

Dans tous les États membres de l’UEMOA, les Politiques Nationales Genre sont coordonnées par des Ministères chargés de la Promotion de la Femme et du Genre, qui cumulent généralement d’autres missions comme celles de la famille, de l’enfance, de l’alphabétisation, des affaires sociales ou du travail. Ces Ministères disposent d’une faible part du budget national (de 0,1 à 0,4%).

Dans la plupart des États membres, le cadre organisationnel de mise en œuvre des Politiques Nationales Genre n’est pas pleinement opérationnel. Faute de moyens, les mécanismes sont créés au niveau national (ex. : Conseil national, Secrétariat permanent, Cellules Genre) sans que leur implantation au niveau local puisse se matérialiser.

Les mécanismes pour assurer la transversalité du Genre dans les Ministères sectoriels varient de la formule de points focaux et de Cellules Genre et à celle de Comités d’institutionnalisation du Genre dans le cas du Mali. Généralement, ces mécanismes ne figurent pas dans les organigrammes des Ministères. Les personnels qui y sont affectés sont des fonctionnaires cumulant ce travail d’intégration du Genre avec leurs responsabilités habituelles. Ils sont le plus souvent perçus comme des relais du Ministère de la Promotion de la Femme.

Les apprentissages du personnel en charge de la question de la transversalité du Genre dans les Ministères se font sur le tas et au moyen de formation ponctuelle si bien que la fonction d’analyste en Genre dans les politiques publiques n’est pas professionnalisée ni reconnue. Les appuis financiers et techniques offerts à ces mécanismes sont limités. Ces insuffisances qui freinent la mise en œuvre efficace et efficiente de politiques nationales Genre ont été soulevées dans tous les États membres. 

Par ailleurs, d’autres difficultés sont observées, telles que la nature des missions confiées aux Ministères de la Promotion de la Femme qui englobent une mission stratégique de coordination et d’influence et l’exécution de programmes et projets qui se sont exécutés dans bien des cas par les Ministères sectoriels (ex. : appui aux transformatrices agricoles, microcrédit, plateformes multifonctionnelles, etc.). 

Un autre acteur clé du processus, la société civile en matière de défense des droits des femmes et de leur autonomisation, est très dynamique dans l’espace UEMOA. Les cadres de partenariat entre les Ministères de Promotion de la Femme et du Genre et les réseaux d’associations gagneraient toutefois à être formalisés en vue d’établir, de préciser les rôles et champs d’interventions, de créer des passerelles plus solides tout en préservant leur autonomie. Par ailleurs, les partenariats entre les Ministères de Promotion de la Femme et du Genre et les universités demeurent peu développés alors que ces institutions pourraient jouer un rôle plus actif dans la formation d’une expertise en appui aux États et dans la réalisation de recherches pouvant améliorer les politiques et les pratiques au niveau des interventions.

Au regard de ces faiblesses, l’intégration effective du Genre dans les politiques, programmes et services publics a pu faire des avancées à des degrés variables dans certains départements ministériels selon les pays. Plusieurs initiatives ont été entreprises pour élaborer des outils comme des manuels d’intégration du Genre dans les politiques et programmes. Les documents de politiques dans les secteurs sociaux ou dans les domaines touchant les OMD tiennent compte du genre sans une méthodologie systématisée. Les indicateurs pour la planification, la mesure des résultats et de l’impact ne sont pas standardisés d’un Ministère à l’autre ni d’un pays à l’autre. 

Il en est de même pour le domaine de la Budgétisation Sensible au Genre (BSG) dont le processus a été amorcé dans certains pays (Burkina Faso, Sénégal, Mali, Niger). Les efforts ont surtout porté sur la formation mais les stratégies, méthodes et outils adaptés font défaut de même que l’expertise. Les Ministères de l’économie et des Finances ont un rôle clé à jouer dans ce sens. Un soutien de l’UEMOA à travers une approche régionale est tout indiqué et souhaité par les États membres.

À ce titre, les Ministères chargés des Finances Publiques sont un maillon important de l’intégration du Genre dans les budgets par une adaptation et une harmonisation du Document de Programmation Pluriannuelle des Dépenses (DPPD).

Les États membres de l’UEMOA sont confrontés à des problèmes communs qui freinent la mise en œuvre effective de leur Politique Nationale Genre et de la Budgétisation Sensible au Genre. Une approche régionale aurait l’avantage de faire le bilan de ces expériences, de proposer des modèles organisationnels plus adaptés et de développer des méthodologies, des outils et des indicateurs de planification et de suivi des résultats de la mise en œuvre des Politiques Nationales Genre. Une telle approche permettrait également d’optimiser les ressources disponibles et de combler les lacunes en matière d’expertise et de développement de connaissances sur des thématiques et enjeux de portée régionale.