Soumis par innoprox le Jan 06

5.2.     Hypothèses des scénarios globaux et narratif du scénario de référence

Scénario global pessimiste : 
“Le Délacement des Lianes”

Ce scénario fait référence au logo de l’UEMOA qui représente des lianes entrelacées pour exprimer deux notions fortes : la solidarité et la complémentarité des États et des peuples de l’Union. Dans un avenir sombre, l’UEMOA se trouve plongée dans une crise sans précédent. La région est désormais étouffée par les contraintes d'une économie affaiblie et en déclin. Au cœur de cette débâcle, les lianes entrelacées qui autrefois symbolisaient la solidarité et la complémentarité entre les États membres, ainsi que leur force et leur résilience collectives se sont lentement desserrées, exposant à une fragmentation de l’Union. L’UEMOA est emprisonnée dans des difficultés insurmontables, laissant peu de place à l’optimisme. 

À l’horizon 2040, l’engagement communautaire des États membres de l’UEMOA est remis en question, pendant que les économies au sein de la zone manquent de faire l’objet d’une transformation structurelle.

Hypothèses sous-jacentes

  • Une UEMOA économiquement et durablement affaiblie et en perte de progression ;
  • Une UEMOA en proie à un effondrement de ses Institutions et de sa position géostratégique et géopolitique dans un contexte de crise sécuritaire généralisée ;
  • L’UEMOA, un territoire en déclin ; 
  • Une UEMOA au capital humain et au bien-être en dégradation. 

Narratif du scénario  

Dans le scénario “Le Délacement des Lianes”, l’UEMOA se trouve plongée dans une crise économique sans précédent d’ici 2040. Les indicateurs socioéconomiques continuent de se détériorer, exacerbant les tensions sociales et politiques dans la région. Malgré ses efforts pour renforcer la surveillance multilatérale et la viabilité de la dette, l’UEMOA ne parvient pas à maintenir une situation monétaire stable et à prévenir une nouvelle crise de la dette, en raison de facteurs endogènes et exogènes tels qu’une gouvernance peu efficace, une volatilité persistante des cours des matières premières et une instabilité géopolitique.

La mauvaise gestion des finances publiques, devenue la règle dans chaque État membre, impacte négativement la capacité de mobilisation des ressources intérieures de l’espace UEMOA. Il en résulte des besoins criards de financement du développement durable et le non-respect des règles communes de gestion des finances publiques destinées à conforter la stabilité de la monnaie commune.
La détérioration continue de l’environnement macroéconomique dans les États membres affecte le climat des affaires et le développement du secteur privé, conduisant à une nouvelle dévaluation du franc CFA. Ainsi, la région est confrontée à de graves défis en raison d’une combinaison de facteurs, tels qu’une gouvernance faible, des conflits persistants et la non-maîtrise des chocs environnementaux et climatiques.

Le secteur manufacturier, censé être le moteur de la transformation structurelle, peine à décoller en raison du manque d’investissements, d’innovation technologique et de modernisation des outils de production. Le secteur extractif, profitant de l’absence de mécanismes adéquats de gestion optimale des ressources naturelles et de l’environnement, continue l’exploitation abusive et rentière des ressources naturelles, provoquant une dégradation accélérée de l’environnement et du cadre de vie de la population. Les effets du changement climatique sont de plus en plus nocifs sur les conditions de vie des populations.

Les crises sécuritaires s’étendent à plusieurs pays de l’Union, entraînant une instabilité politique et sécuritaire généralisée dans la zone. Les conflits armés s’intensifient, de même que les réseaux d’extrémisme violent, de criminels et de trafiquants qui plongent la région dans un environnement d’instabilité et d’insécurité impropre aux investissements et au bon déroulement des activités économiques.

Ce climat d’insécurité est renforcé notamment par l’existence de dissensions politiques entre les États qui fragilisent la Commission ainsi que les Organes et Institutions spécialisées de l’UEMOA. Ces dernières perdent leur légitimité et leur influence sur les politiques économiques nationales. En outre, la multiplication des coups d’État et des changements anticonstitutionnels devient un phénomène récurrent dans l’espace UEMOA en raison de l’échec des politiques publiques et des difficultés à consolider la démocratie dans les États membres. Le dispositif institutionnel de l’UEMOA est de plus en plus instable et fragile. Avec la création d’autres groupements d’États et la persistance de l’insécurité liée au terrorisme, l’Union connaît une nouvelle dynamique géopolitique qui entraîne des divergences de plus en plus marquées. En rapport avec les difficultés accrues de mobilisation du Prélèvement Communautaire de Solidarité (PCS), la Commission n’est pas en mesure d’assumer pleinement ses missions. La dynamique et les idéaux d’intégration de l’Afrique de l’Ouest sont fragilisés à maints égards, tant au sein de l’UEMOA stricto sensu qu’à l’échelle plus large de la CEDEAO. La crédibilité et la force institutionnelle de l’UEMOA en pâtissent.

Les échanges intra-communautaires, au lieu de se renforcer, s’affaiblissent, passant à l’horizon 2040, de leur niveau de 13-15%23 actuel du total des échanges des pays de l’Union, à 10% à peine. De même, le niveau d’industrialisation se dégrade au lieu de se renforcer : le poids de l’industrie dans le PIB chute ainsi de 22% à 17%, et la part des biens manufacturés dans les exportations stagne à 11%24. Il n’émerge pas de filières compétitives à forte valeur ajoutée. Par conséquent, avec des exportations toujours composées essentiellement des matières premières et des importations concernant quasi exclusivement des produits finis, la balance commerciale de la zone continue de se dégrader, le déficit commercial passe ainsi de 8,7% du PIB en 202225 à 12% en 2040. 

Le tissu économique reste peu dense et l’économie demeure fortement informelle, avec moins de 60 entreprises formelles pour 10 000 habitants. Tous les États de l’Union souffrent de l’atonie économique globale de la zone, chaque État s’appuyant désormais essentiellement sur ses politiques nationales pour essayer de sortir la tête de l’eau.

En outre, un recul est observé dans la coopération entre l’UEMOA et la CEDEAO. Les pays de l’Union peinent à avoir une position commune dans les discussions relatives au processus d’intégration avec la CEDEAO en raison des divergences politiques intrarégionales, en raison notamment de tensions politiques, économiques et culturelles croissantes. La complexité et la multidimensionnalité de ces crises et défis structurels laissent entrevoir un destin communautaire sombre. L’UEMOA est devenue méconnaissable par rapport à ses jours glorieux. Elle entre en déliquescence. L’Union est en passe de se désintégrer.  « L’utilité » de l’UEMOA est fortement remise en cause. En lieu et place du renforcement des liens entre les États, matérialisés par les lianes dans le logo de l’Union, on assiste plutôt au délacement des lianes.

Scénario global tendanciel : 
“L’UEMOA sur le Fil du Rasoir”

Se retrouver sur le fil du rasoir est une expression à considérer au sens figuré, et signifie se trouver dans une situation délicate dont l’issue est incertaine, être dans une situation instable, critique et parfois dangereuse. Ce scénario traduit ainsi l’image d’une Union tiraillée entre les promesses d’un avenir meilleur et les défis persistants qui entravent sa croissance. Bien que des progrès aient été réalisés, l’Union continue de lutter pour amorcer une transformation structurelle durable, cherchant désespérément les moyens de stimuler une croissance économique véritablement inclusive et équitable. Malgré les progrès accomplis, les compétences et le bien-être au sein de l’UEMOA restent insuffisants. Le désir ardent d’une monnaie unique pour dynamiser l’intégration économique sous-régionale reste une utopie.

Hypothèses sous-jacentes

  • Une Union peinant à amorcer une véritable transformation structurelle et durable ;
  • Une UEMOA en quête du renforcement de ses Institutions dans un contexte de sécurité et de stabilité peu maîtrisées, avec un maintien de son positionnement sur la scène internationale ;
  • L’UEMOA, un territoire à l’aménagement inhibé par des politiques sectorielles communes peu appropriées ;
  • Une UEMOA aux compétences et au bien-être insuffisants.

Narratif du scénario

À l’horizon 2040, malgré les efforts entrepris, l’UEMOA fait face à des défis économiques et structurels importants. La diversification économique tarde à se concrétiser, avec une forte dépendance aux exportations de matières premières. Les tentatives de promouvoir un secteur manufacturier dynamique ont rencontré des obstacles, notamment la corruption et des pratiques clientélistes qui ont nui à l’amélioration du climat des affaires. La mobilisation moindre du Prélèvement Communautaire de Solidarité (PCS) fragilise la Commission. Malgré des instances communes, les Institutions de l’UEMOA ne fonctionnent pas suffisamment en synergie. De même, une complémentarité insuffisante renforce l’impression de doublons entre l’UEMOA et la CEDEAO. Le contexte sécuritaire demeure tendu avec des divergences persistantes, exacerbées par des contradictions. Dès lors, les cadres géopolitique et sécuritaire instables manquent d’insuffler une dynamique nouvelle, qui favoriserait le développement durable des économies de la zone UEMOA.

Sur le plan politique, bien que des actions aient été entreprises pour consolider la démocratie et garantir des élections libres, des tensions subsistent. Des conflits ethniques et religieux, alimentés par des groupes radicaux armés et des trafiquants de drogue, persistent. La persistance de la pauvreté et l’exclusion sociale alimentent également des mouvements de contestation.

La transformation structurelle des économies de l’UEMOA reste donc insuffisante, et l’industrialisation manque de décoller. Malgré les initiatives en faveur de l’intégration régionale et continentale, on constate la non-émergence de filières compétitives exportant des produits à forte valeur ajoutée : les économies de l’UEMOA demeurent essentiellement rentières, peu industrialisées, et à faible valeur ajoutée. Au fil du temps, le niveau d’industrialisation se dégrade, avec un poids de l’industrie dans l’économie qui passe de 22% à 20% du PIB entre 2024 et 2040. Corrélativement, la part des biens manufacturés dans les exportations stagne à 11%26 : l’UEMOA reste une zone fortement extravertie, exportant essentiellement des matières premières brutes vers l’Europe et l’Asie. Les échanges intra-communautaires restent à un niveau faible, plafonnant à quelque 15% du total des échanges des pays de l’Union. La balance commerciale de la zone continue dès lors de se dégrader, avec un déficit commercial projeté à 12% du PIB en 2040, contre 8,7% en 202227. Avec la persistance de taux infimes de création d’emplois formels, le problème critique de l’emploi des jeunes perdure et se renforce avec l’afflux rapide de nouvelles générations sur le marché de travail, conséquence de la pyramide des âges au sein de la zone. Le tissu économique reste clairsemé et l’économie demeure fortement informelle, avec moins de 60 entreprises formelles pour 10 000 habitants.

En ce qui concerne l’agriculture et l’autosuffisance alimentaire, bien que des politiques aient été adoptées pour accroître la production agricole, la transformation des produits agricoles reste marginale et les investissements étrangers continuent de se concentrer sur les industries extractives.

Pour garder le cap du développement économique, l’UEMOA maintient ses relations bilatérales, régionales et multilatérales avec les puissances économiques. 

Malgré le contexte géopolitique international, marqué par une redéfinition des rôles des acteurs traditionnels et l’émergence de nouvelles puissances, l’Union a préféré la coopération avec tous les grands acteurs du développement et cherche à affirmer son autonomie sur la scène internationale. De plus, on assiste au renforcement de la synergie d’actions entre l’UEMOA et la CEDEAO qui parviennent à s’engager davantage sur des projets d’envergure régionale. Cependant, les capacités des Institutions spécialisées demeurent limitées dans l’accompagnement des pays à l’atteinte des objectifs de développement. Les réformes liées à la monnaie commune sont entravées par les divergences politiques et économiques au sein de la région.

L’urbanisation se poursuit, mais les plans d’urbanisme ne sont pas toujours respectés en raison de la faiblesse institutionnelle et de la corruption. Les investissements dans les infrastructures de transport se développent, mais l’appropriation du Schéma de Développement de l’Espace Régional (SDER) reste incomplète.

Des progrès sont réalisés dans le développement du capital humain, avec des investissements dans le domaine de la santé et de l’éducation. Cependant, le secteur informel continue de prédominer dans la création d’emplois et de nombreux emplois demeurent précaires, sans protection sociale. La transformation structurelle de l’économie de l’Union reste un défi à relever. En 2040, la zone UEMOA est dans une situation fragile. Malgré d’importantes initiatives, l’impact de l’UEMOA sur le développement économique des États membres n’est pas suffisamment perceptible. Dans un contexte économique difficile, l’UEMOA est de plus en plus perçue comme un doublon et un parent pauvre de la CEDEAO, et ses ressources diminuent en conséquence. L’UEMOA est dans une situation fragile et instable. Elle se débat en 2040 dans le scénario du fil du rasoir.

Scénario global alternatif ou de référence : 
Le Vol des grues couronnées

La Grue couronnée (Balearica pavonina) est une espèce d’oiseaux de la famille des grues qui vit dans la savane aride de l’Afrique au sud du Sahara. Une image d’un groupe de grues en vol, formant un V, représente l’unité et la progression vers un avenir durable. Cette image est choisie pour représenter une UEMOA qui, à l’horizon 2040, a entrepris une transformation profonde, adoptant des politiques novatrices et des stratégies axées sur le développement durable. Les pays de l’Union s’élèvent donc tel un vol gracieux de grues, symbolisant la marche résolue vers un avenir de développement durable et d’épanouissement communautaire. 

Ce scénario de référence constitue la colonne vertébrale de la Vision de l’Union à l’horizon 2040 et repose sur les hypothèses sous-jacentes suivantes. 

Hypothèses sous-jacentes :

La marche résolue vers le développement durable ;

  • Une UEMOA en quête du renforcement de ses Institutions dans un contexte de sécurité et de stabilité peu maîtrisées, avec un maintien de son positionnement sur la scène internationale ;
  • L’UEMOA, un territoire intégré autour d’une politique communautaire d’aménagement du territoire appropriée (par tous les acteurs) et efficace ;
  • Une UEMOA disposant d’un capital humain plus productif et épanoui.

Narratif du scénario de référence

À l′horizon 2040, l'UEMOA a réussi à mettre en œuvre des réformes structurelles majeures après avoir relevé les défis liés à la pandémie de COVID-19 et aux répercussions de la guerre en Ukraine. Ces réformes ont créé un climat favorable aux affaires pour le secteur privé. L’Union a réduit les écarts en matière d’infrastructures socioéconomiques sur son territoire grâce à une mise en œuvre efficace de la Politique d’Aménagement du Territoire Communautaire. Les infrastructures d’interconnexion régionale se sont développées, soutenues par la BOAD en collaboration avec des partenaires extérieurs. Les capacités énergétiques et la digitalisation des services publics ont été renforcées. Sur le plan macroéconomique et financier, la stabilité a été maintenue, avec une inflation maîtrisée, une régulation financière solide et une meilleure application des règles prudentielles. 

Cet environnement propice a entraîné une transformation rapide des économies de l’Union, une diversification de la production et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Les exportations se sont orientées vers des produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée, réduisant la dépendance aux matières premières. L’autosuffisance alimentaire s’est améliorée grâce à une augmentation de la productivité agricole et à l’essor de l’agro-industrie.

Le commerce intrarégional s’est développé, améliorant la position extérieure de l’UEMOA dans le commerce international. Les réserves de change ont augmenté, soutenant la politique monétaire de la BCEAO et stimulant le marché financier régional. Les réformes ont également attiré de nouveaux investisseurs, bien que le marché financier ne soit pas encore très profond.

Sur le plan social, les réformes ont renforcé le capital humain de l’Union, améliorant la santé, l’éducation et le bien-être des citoyens. Le secteur privé formel est dynamisé et crée continuellement des emplois décents, réduisant la pauvreté et les inégalités sociales. Portées par une Vision 2040 ambitieuse et partagée, les Institutions de l’UEMOA renforcent leur cohérence d’action et leur impact. L’UEMOA se maintient comme un modèle d’intégration régionale, et s’insère de façon plus harmonieuse au sein de l’espace CEDEAO.

Locomotive de cette nouvelle dynamique, la Commission met en œuvre une politique de compétitivité qui favorise la transformation structurelle progressive de l’Union. 

Les politiques sectorielles portées par la Commission, plus volontaristes et mieux ciblées, créent des conditions plus favorables au développement de l’industrie de la zone UEMOA. Elles promeuvent notamment une convergence économique renforcée, la baisse du coût de l’énergie, une meilleure connectivité régionale, le développement de zones industrielles, un accès facilité au large marché de l’Union pour le ‘‘made in UEMOA’’, ou encore le renforcement des investissements. Par-delà la croissance soutenue, le développement industriel favorise la transformation en profondeur des économies de l’Union. Davantage de matières premières sont désormais valorisées sur place, par une industrie locale de plus en plus diversifiée. Le développement de l’agriculture et l’émergence d’une industrie agro-alimentaire régionale dynamique renforcent la sécurité alimentaire, tout en permettant un redressement progressif de la balance commerciale. En effet, le poids de l’industrie dans le PIB remonte de 22% à 25%, et la part des biens manufacturés dans les exportations double quasiment, de 11% à 20%. Par leur impact combiné, le déficit commercial connaît donc une baisse soutenue, passant de 8,7% du PIB en 2022 à seulement 2% en 2040. À l’inverse, les échanges intra-communautaires décollent, accompagnant la mise en place progressive de chaînes de valeur régionales intégrées. Entre 2022 et 2040, leur poids double, passant de 13-15% à 30% du total des échanges de l’Union. En parallèle, le tissu économique se densifie, offrant à la jeunesse de l’Union de plus en plus d’opportunités d’emplois formels. Entre 2022 et 2040, l’UEMOA passe de 52 à 150 entreprises formelles pour 10 000 habitants28. Avec des économies plus compétitives, l’UEMOA s’insère de façon plus avantageuse dans la CEDEAO, tout comme dans la ZLECAf.

Au niveau régional, l’UEMOA a contribué à préparer les États membres à relever les défis de l’intégration régionale, notamment la mise en place de la nouvelle monnaie commune, l’ECO. Cependant, l’utilisation du franc CFA persiste dans l’espace en raison des difficultés dans certains pays de la ZMAO. L’Union reste sensible aux évolutions géopolitiques mondiales, avec un positionnement international inchangé.

En outre, au niveau interne, un ensemble de difficultés continuent à se poser en matière de gouvernance politique et institutionnelle. Les institutions politiques en vigueur restent fragiles en dépit des progrès réalisés. Si la menace terroriste n’est plus très présente dans la zone, les problèmes de gouvernance ainsi que les fragilités inhérentes sont souvent à l’origine d’instabilités sociales qui contribuent à affecter négativement l’attractivité de l’espace et la dynamique de transformation structurelle. De plus, le risque de changements anticonstitutionnels de gouvernement persiste au sein de la zone, mais les actions de l’UEMOA dans la résolution des crises politiques ont gagné en légitimité grâce à l’introduction de nouveaux mécanismes explicitement définis dans son Traité. En 2040, la zone UEMOA réussit à s’insérer dans une nouvelle trajectoire de croissance forte et durable. Le dynamisme économique de l’Union favorise le développement de l’esprit communautaire, y compris auprès des populations, qui en ressentent de plus en plus l’impact. Les capacités d’adaptation aux changements climatiques se renforcent et l’insécurité alimentaire est maîtrisée. La zone connaît un souffle nouveau, qui bénéficie également au développement de la CEDEAO. En 2040, l’UEMOA a réussi à sortir du scénario du fil du rasoir, pour rentrer dans celui, bien plus favorable, du vol des grues couronnées.

Scénario global optimiste : 
L’aigle majestueux

L’aigle, grand rapace planeur, symbolise la beauté, la force et le prestige, tout en évoquant la vitalité et la puissance. Souvent considéré comme une créature majestueuse, de par son apparence imposante, ses plumes et son vol gracieux, il représente la liberté grâce à son vol en haute altitude et à son exploration de vastes territoires. Il fait preuve de courage lors de la chasse et pour protéger son territoire. Sa longévité exceptionnelle évoque persévérance et durabilité. L’image de l’aigle majestueux reflète la résilience et la grandeur de l’UEMOA, devenue une région unifiée, prospère, tournée vers un avenir prometteur, où des conditions environnementales, des dynamiques économiques et des facteurs sociaux convergent vers un développement exceptionnel et une présence internationale respectable.

Hypothèses sous-jacentes

  • Une UEMOA structurellement transformée, largement industrialisée de façon durable, forte ;
  • Une UEMOA plus forte sur la scène internationale opérant dans un environnement de stabilité, de paix renforcée et de sécurité consolidée au moyen d’institutions fortes, crédibles et résilientes ;
  • Une UEMOA en synergie avec la CEDEAO, dans le cadre de la mise en œuvre de la monnaie unique ; 
  • L’UEMOA, un territoire intégré autour d’une politique d’aménagement appropriée et des politiques sectorielles de transport et de logement efficaces ;
  • La fin de l’orage : une communauté intellectuellement enrichie et épanouie.

Narratif du scénario

En 2040, l’UEMOA est transformée en une région largement industrialisée et intégrée, jouant un rôle majeur sur la scène internationale. L’intégration régionale favorise le commerce intrarégional, soutenue par des réformes en aménagement du territoire et une monnaie unique. Les chaînes de valeur régionales sont solides, contribuant à l’industrialisation et à la transformation des économies de la région. L’action conjointe des États membres en matière de gouvernance et de sécurité, à travers des politiques communautaires efficaces axées sur le développement intégral, a permis de maîtriser des risques d’instabilité, notamment le terrorisme. La stabilité, la paix et la sécurité sont renforcées par des institutions fortes, crédibles et résilientes aux chocs internes et extérieurs. Les interventions de l’UEMOA dans les crises politiques trouvent leur pleine légitimité grâce à un nouveau cadre réglementaire et juridique.

Les politiques commerciales et macroéconomiques, ainsi qu’un cadre institutionnel incitatif, soutiennent cette transformation structurelle des économies de l’Union. Les Institutions de l’UEMOA, telles que la BOAD et la BCEAO, travaillent en étroite collaboration pour financer le développement industriel. Les politiques monétaires favorisent le secteur privé et le marché financier régional se développe. Le positionnement géostratégique et géopolitique fait également de l’Union, un acteur incontournable dans les échanges régionaux et internationaux et particulièrement au niveau continental, notamment dans le cadre de la ZLECAf.

L’intégration monétaire en Afrique de l’Ouest est achevée avec l’utilisation effective d’une monnaie commune dans tout l’espace CEDEAO. La stabilité, la paix et la sécurité sont renforcées, soutenues par des institutions solides et une bonne gestion des ressources. Les réformes institutionnelles renforcent l’indépendance de l’UEMOA aux côtés de la CEDEAO.

Les politiques communautaires d’investissements se concentrent sur les infrastructures socioéconomiques et éducatives, améliorant le bien-être des citoyens et renforçant les compétences technologiques. La communauté jouit d’une citoyenneté commune et d’une culture enrichie, reposant sur des valeurs partagées. Plutôt que de l’affaiblir, les dissensions accélèrent les réformes et renforcent l’engagement communautaire des États membres. Ces derniers s’accordent sur les réformes les plus critiques, et signent un nouveau Pacte visant à renforcer leur solidarité et l’intégration de leurs économies respectives. La Commission de l’UEMOA augmente et diversifie ses ressources, renforce son efficacité et consolide sa position institutionnelle. Portées par une vision 2040 ambitieuse et partagée, les Institutions de l’UEMOA renforcent leur cohérence d’action et leur impact. Modèle d’intégration régionale, l’UEMOA se positionne à l’avant-garde de la dynamique d’intégration de la CEDEAO et de la ZLECAf. La Commission met en œuvre une politique de compétitivité qui accélère la transformation structurelle de l’Union. Les politiques sectorielles volontaristes, mieux ciblées et plus durables, portées par la Commission créent les conditions favorables d’un développement accéléré de l’industrie dans la zone UEMOA. La convergence économique, la baisse du coût de l’énergie, la connectivité régionale améliorée, l’essor spectaculaire des zones industrielles, l’accès universel au large marché régional de l’Union pour tous les biens et services ‘‘made in UEMOA’’, le développement privilégié du secteur privé régional, la promotion massive des investissements et le développement des IDE à forte valeur ajoutée, sont autant de signes éclatants du dynamisme économique de la zone. L’industrialisation et la transformation structurelle de l’UEMOA s’accélèrent. Les matières premières sont valorisées sur place, par une industrie locale fortement diversifiée. Le développement concomitant de l’agriculture et des industries agro-alimentaires régionales assure dès lors la souveraineté alimentaire, tout en entraînant un redressement spectaculaire de la balance commerciale. Le poids de l’industrie dans le PIB est en hausse significative, passant de 22% à 30%. De même, la part des biens manufacturés dans les exportations triple quasiment, en passant de 11% à 30%. Sous leur effet combiné, le déficit commercial chronique (8,7% du PIB en 2022) est jugulé, et la balance commerciale de l’UEMOA en 2040 est désormais équilibrée. Dans un marché progressivement unifié, les échanges intra-communautaires se développent et se banalisent, accompagnant la mise en place de chaînes de valeur régionales véritablement intégrées. Dès lors, leur poids triple entre 2022 et 2040, passant de 13-15% à 50% du total des échanges de l’Union. Dans la même lancée, le tissu économique se densifie, les économies se formalisent, la jeunesse de l’Union est mieux formée, prête pour l’offre renforcée de nouveaux métiers, et le chômage connaît une réduction drastique. Entre 2022 et 2040, l’UEMOA passe de 52 à 500 entreprises formelles pour 
10 000 habitants. Avec des économies plus compétitives, l’UEMOA s’insère de façon très avantageuse dans la CEDEAO et dans la ZLECAf.

En 2040, la zone UEMOA s’insère dans un cercle vertueux de croissance forte et durable. Le dynamisme économique de l’Union favorise le développement de l’esprit communautaire, y compris auprès des populations, qui en ressentent de plus en plus l’impact. La résilience et les capacités d’adaptation aux changements climatiques se renforcent, appuyées par une forte mobilisation de partenariats internationaux. L’UEMOA s’insère dès lors dans un cercle vertueux de développement durable. Sa nouvelle dynamique bénéficie également au développement de la CEDEAO, dont elle devient un moteur. En 2040, l’UEMOA a réussi à sortir résolument du scénario du fil du rasoir, et dans le sillage de sa transformation remarquable, s’inscrit désormais dans la trajectoire vertueuse de l’aigle majestueux.

 

23     BCEAO

24     Données 2022 : BCEAO et Banque Mondiale

25     Banque Mondiale, BCEAO et OMC

26     BCEAO et Banque Mondiale

27     BCEAO

28    Vision prospective UEMOA 2040, Rapport synthèse