Soumis par innoprox le Jan 05

2.6.     Environnement, changements climatiques, politique agricole, sécurité alimentaire : un environnement naturel menacé

La flambée des prix des aliments en 2022, ainsi que la pression grandissante en matière de sécurité alimentaire ont engendré une course d’acteurs étrangers et locaux vers les terres productives et de haute valeur dans de nombreux pays de l’Union. Ce phénomène connu sous le nom « d’accaparement des terres » apparaît aujourd’hui comme un défi majeur qui, s’il n’est pas correctement résolu, pourrait à terme contrarier les efforts de développement de la zone UEMOA. Une partie importante des terres les plus fertiles et proches des points d’eau font en effet l’objet de transactions, sous forme de location ou de vente, au profit le plus souvent des investisseurs internationaux espérant des gains importants. Les impacts d’une telle tendance sur la vie des populations locales plus vulnérables se feront ressentir notamment sur la sécurité alimentaire, sur l’environnement et entraîneront des bouleversements sociaux.

La dégradation des terres dans l’espace l’UEMOA est en partie liée aux érosions. Elle est également imputable à la salinisation des terres sous l’effet d’une forte évaporation par temps de sécheresse où se conjuguent faible pluviométrie et forte insolation. Les causes humaines sont, entre autres, la mauvaise gestion des terres qui accélère leur dégradation, les problèmes socioéconomiques de l’accès inégal à la terre, les modes d’utilisation abusive, les forts taux d’occupation des terres dans des bassins et plateaux surpeuplés et dans les voisinages urbains. Ce phénomène est actuellement un défi majeur qui pourrait à terme contrarier les efforts de développement de la zone UEMOA, s’il n’est pas pris en charge et résolu au travers d’une politique efficace de conservation foncière au profit des générations à venir et de propriété foncière.  

L’UEMOA a une biodiversité très riche, notamment dans ses aires protégées dont les plus remarquables sont inscrites sur la liste des sites du patrimoine mondial naturel de l’UNESCO. Cependant, chaque année, environ 1,2% de superficies forestières et de terres boisées sont dégradées à cause notamment du changement climatique, de l’utilisation extensive des terres et des incendies de forêts.

Un potentiel hydrique important sous pression 

L’UEMOA abrite le fleuve Niger, troisième plus long fleuve d’Afrique avec ses 4 200 km. Il prend sa source dans la dorsale guinéenne à la frontière du Liberia. La superficie de son bassin versant est de 1 500 000 km² avec un débit moyen de 6 200 m³/s. Ce bassin est partagé entre neuf pays : Guinée, Mali, Niger, Bénin, Nigeria pour son cours principal ; Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire et Tchad pour ses affluents. À côté du fleuve Niger, la région est également drainée par le fleuve Sénégal (4 pays), la Volta (6 pays), le lac Tchad (8 pays), la Comoé (4 pays). L’Union dispose de 1 792 km de littoral maritime et d’une superficie de 3 506 126 km2. Le Burkina Faso, le Niger et le Mali sont les trois pays sans littoral. Le plus grand pays producteur de ressources halieutiques de l’UEMOA en 2008 était le Sénégal (444 783 tonnes).

Cependant, la zone UEMOA connaît une dégradation des bassins versants et l’assèchement des têtes de source, le tarissement des cours d’eau, l’ensablement et la prolifération sauvage des espèces végétales aquatiques envahissantes. Les déversements de déchets solides et liquides, domestiques et industriels à partir des agglomérations urbaines, des industries et des défluents des terres agricoles chargés de produits chimiques entraînent la pollution des nappes et des cours d’eau. Face à la pression de la demande en eau, principalement liée à la croissance démographique rapide, la plupart des pays de la sous-région sont destinés à faire face à une situation de stress hydrique. Les pays du Sahel sont les plus vulnérables, affichant une double tendance : la rareté structurelle des ressources en eau et la croissance démographique. Par exemple, le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont confrontés à un stress hydrique élevé. Un niveau élevé de stress hydrique peut contribuer à une croissance économique lente et à l’insécurité alimentaire, à la concurrence pour les ressources et à des conflits potentiels entre les utilisateurs (FAO, 2019). La plupart des pays de l’Union sont confrontés à un problème d’insécurité chronique en matière d’eau, qui est appelé à s’aggraver en raison d’une demande en constante augmentation due à l’accélération de la croissance démographique, au développement du pastoralisme et au changement climatique. 

D’énormes gisements de ressources extractives encore largement inexploités

La majorité des pays de l’UEMOA est riche en ressources naturelles, principalement en gaz, en pétrole et en minéraux. La plupart des pays de la zone enregistrent une tendance croissante de l’influence des ressources naturelles dans leur PIB. L’exploitation des ressources naturelles joue un rôle important dans l’économie du Burkina Faso, de la Guinée-Bissau, du Mali et du Niger, car elle représente entre 5 et 10% du PIB (tableau 10). Dans les États comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Sénégal, qui ont des ouvertures sur l’océan atlantique, la rente des ressources naturelles a une proportion de moins de 5% dans les PIB (tableau 9). Cette faible proportion dénote une insuffisance du niveau d’exploitation des ressources naturelles des États membres de l’Union. Pourtant les sous-sols sont riches et disposent de ressources qui pourraient accompagner la croissance économique. Enfin, on note un faible niveau de transformation locale de la production. 

d’accaparement des rentes associées à l’exploitation de ces ressources naturelles dans les pays de l’Union déterminent l’influence de la gestion de ces ressources sur l’évolution géologique et posent de véritables problèmes de gouvernance et des conflits dans la région.  

Plusieurs défis se posent dans le secteur des ressources minérales. Ils se traduisent par un faible niveau de contenu local marqué par une insuffisante implication des opérateurs économiques locaux dans la production des biens et services et une faible contribution à la richesse nationale marquée par une répartition inéquitable des revenus, un régime fiscal à revoir, un mécanisme pour assurer un développement local et régional à concevoir. D’autres enjeux tels que l’insuffisance des ressources humaines surtout pour les négociations des contrats complexes ; la faible rentabilité et viabilité des sociétés minières locales du fait de la non-maîtrise des coûts de facteurs de production ; la prolifération des activités minières dominées par l’extraction et l’exportation de minerai brut avec une très faible transformation des produits localement ; les difficultés d’organisation, d’encadrement et de réglementation des exploitations minières artisanales et semi-mécanisées entraînant des risques sociaux et environnementaux et l’insuffisance de cartographie géologique se présentent.

Une région encore peu émettrice de pollutions environnementales 

L’atténuation de la dégradation de l’environnement continue de dominer les débats politiques dans le monde entier, car la dégradation de l’environnement semble être une menace majeure pour le développement durable. Ce défi est également reconnu par les Nations Unies qui y ont consacré des Objectifs de Développement Durable (ODD) notamment les villes et communautés durables (ODD 11), la consommation et la production responsables (ODD 12) et l’action en faveur du climat (ODD 13). Même si elle reste globalement faible dans la sous-région, la situation de la pollution environnementale est variable d’une zone à une autre dans l’espace UEMOA (tableau 11).

Les émissions de carbone par habitant, qui constituent un facteur majeur d’atténuation de la réalisation de ces objectifs, sont peu élevées dans l’UEMOA 1990 et 2019. Toutefois, hormis le Togo, on observe une augmentation progressive du niveau d’émission de CO2 dans les États membres entre 2005 et 2019. 

Des politiques de lutte contre le changement climatique dans l’espace UEMOA

Trois initiatives de la Commission de l’UEMOA en faveur de la lutte contre les effets néfastes du changement climatique sont menées au niveau de l’environnement, à savoir :

(i)     la lutte contre l’érosion côtière ; 
(ii)     l’appui aux PANA ; 
(iii)     le Programme régional de développement d’une plateforme agricole intégrée de production, de transformation et de conservation de produits alimentée par une centrale solaire thermodynamique (MICROSOL).

Production agricole et sécurité alimentaire 

Les huit pays membres de l’UEMOA font face à une crise alimentaire et nutritionnelle majeure. Selon le Cadre harmonisé de mars et juin 2021, à l’entrée de la période de soudure de 2021, l’espace UEMOA comptait 8,1 millions de personnes en besoin d’assistance alimentaire et nutritionnelle d’urgence, comparé à 5,7 millions de personnes en juin-août 2020. La précarité de la situation nutritionnelle dans la plupart des pays sahéliens a été renforcée par l’accès limité aux centres de santé dû à la pandémie de COVID-19 et à la crise sécuritaire.

L’insécurité civile reste l’un des principaux facteurs aggravants de cette situation alimentaire et nutritionnelle provoquant d’importants flux de personnes déplacées internes (plus de 1.1 million au Burkina Faso) et la fermeture de nombreux centres de santé et d’écoles, privant les enfants de cantine scolaire (wac.contact@oecd.org). Cela engendre une forte hausse des besoins d’assistance alimentaire et humanitaire.
En 2023, 6 932 355 personnes sont touchées par une insécurité alimentaire et nutritionnelle de phase 3, 4 et 5 dans les pays membres (Tableau 12).

Les conflits et l’insécurité civile constituent les principaux facteurs d’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguës au Burkina Faso, Mali et Niger. Les attaques terroristes ont causé des déplacements de populations internes et transfrontaliers à grande échelle et ont gravement perturbé les moyens de subsistance agricoles, la transhumance pastorale, les marchés et le commerce.

Les chocs économiques sont les principaux facteurs de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë au niveau du Bénin, de la Guinée-Bissau, du Sénégal, et du Togo. Dans ces pays, le nombre de personnes en insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë (Phases CH 3 à 5) pendant la période de soudure allant de juin à août 2023 était projeté à environ 6,85 millions. Cependant, les chocs économiques ont également été des facteurs importants dans les pays touchés par les conflits. Les niveaux d’endettement insoutenables et la croissance lente, en partie attribuables aux effets persistants de la guerre en Ukraine, ont eu un impact négatif sur les économies nationales et ont réduit les possibilités budgétaires de pouvoir mettre en œuvre des mesures de protection sociale (CILSS, 2023).

Les phénomènes météorologiques extrêmes ont été un facteur additionnel de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë en 2022 en raison des inondations qui ont perturbé les marchés et les moyens de subsistance et causé des pertes localisées de récoltes, limitant la disponibilité et l’accès local aux aliments. L’aggravation des effets néfastes du changement climatique fragilisent les systèmes alimentaires des États membres. En dehors de ces facteurs, l’insécurité alimentaire résulte habituellement de la faiblesse de la productivité agricole, du déficit d’infrastructures, notamment dans les zones rurales, de la pauvreté, de l’urbanisation rapide, de la démographie galopante, de l’accès limité des paysans aux intrants agricoles, etc. 

La production agricole est très sensible aux aléas climatiques. En décembre 2001, l’UEMOA a adopté sa Politique Agricole de l’Union (PAU). Les grandes orientations de cette politique sont définies par l’Acte additionnel n° 03/2001, qui en précise notamment les objectifs, le champ d’application, les principes directeurs et les axes d’intervention. L’objectif global de la PAU est de contribuer durablement à la satisfaction des besoins alimentaires de la population, au développement économique et social des États membres et à la réduction de la pauvreté en milieu rural. De manière spécifique, et au premier rang, la question de la réalisation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans l’Union a nécessité la création du Comité de Haut Niveau sur la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (CHN-SAN), en 2011, par la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement. Il convient également de signaler qu’une initiative conjointe (CEDEAO, CILSS et L’UEMOA) de mise en place et d’opérationnalisation du Conseil Régional de Sécurité Alimentaire (CORESA) est en cours.

Dans la zone UEMOA, nous observons trois initiatives en faveur de la lutte contre les effets néfastes des changements climatiques : la lutte contre l’érosion côtière, l’appui aux PANA, et le Programme régional de développement d’une plateforme agricole intégrée de production, de transformation et de conservation de produits alimentée par une centrale solaire thermodynamique (MICROSOL). En 2005, le programme régional de lutte contre l’érosion côtière a été lancé par l’UEMOA en vue d’assurer la préservation de ses potentialités socio-économiques. 

La BOAD s’implique également dans la préservation de l’environnement à travers sa Stratégie Environnement et Climat 2015-2019. Vision de la Stratégie Environnement et Climat 2015-2019 de la BOAD « des ressources naturelles gérées au profit d’un développement propre et résilient aux effets adverses des changements climatiques dans les États membres. » s’inscrit dans les orientations définies lors du Sommet de RIO de 2012 (RIO+ 20) sur le développement durable. Cette vision permet également à la BOAD d’être en phase avec les différentes politiques en matière d’environnement et de climat au niveau de la sous-région. Objectif de la vision de la Stratégie Environnement et Climat de la BOAD : « faire de l’environnement un nouveau pôle de croissance pour la Banque ». Les piliers sont de : i) renforcer les capacités des unités opérationnelles dans le domaine des évaluations environnementales ; ii) développer des outils et des mécanismes efficaces de financement et de mobilisation de ressources pour soutenir la gestion environnementale et la lutte contre les changements climatiques et ; iii) renforcer le leadership de la BOAD dans la sous-région sur les questions environnementales.

Au cours de l’année 2020, la Banque a continué ses interventions en faveur de la création de conditions d’une croissance économique partagée et résiliente sur fond de crise sanitaire de la Covid-19. Des prêts d’un montant global de 142,5 milliards FCFA ont été octroyés, en vue de développer des agro-élevages et des aménagements hydroagricoles, de réaliser des infrastructures de désenclavement et d’énergie, de promouvoir la finance inclusive et adresser des besoins dans les domaines de l’habitat social et de l’éducation. Les objectifs desdits projets sont : i) la libération et la sécurisation de 57 000 ha de terre au profit des éleveurs et agro-éleveurs pour la production fourragère, l’installation d’un Campement Pilote Pastoral (CPP) et le renforcement de 126 campements d’éleveurs ; ii) l’aménagement de 40 000 ha de périmètres en vue de réduire les pertes d’eau par infiltration de 
3 200 000 m3 et d’augmenter de 
52 000 tonnes par an la quantité de riz paddy produite.

La Banque a poursuivi ses initiatives sur les changements climatiques dans le cadre de sa collaboration avec les mécanismes financiers de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). S’agissant du Fonds Vert pour le Climat (FVC), le maintien des efforts s’est traduit par l’approbation auprès de ce Fonds du projet d’électrification rurale au Sénégal pour un montant de 49 milliards FCFA à un taux concessionnel sur une maturité de 40 ans. Dans le cadre des engagements des États de l’Union au titre de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, la Banque a démarré l’instruction de trois projets climat, à savoir : (i) le projet d’hybridation des moteurs Diesel des plateformes multifonctionnelles avec système solaire au Togo pour un don de 1,3 milliard FCFA ; (ii) le projet de mise à l’échelle des pratiques d’agriculture climato-intelligente à l’Est de la Guinée-Bissau pour un don de 5,8 milliards FCFA et (iii) le projet régional de promotion de l’agriculture climato-intelligente en Afrique de l’Ouest, concernant cinq (05) pays (Bénin, Burkina Faso, Niger, Ghana et Togo) pour un don de 8,1 milliards FCFA. Avec le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), la Banque a conforté sa position comme entité accréditée auprès dudit Fonds à travers le processus d’auto-évaluation de ses normes fiduciaires approuvé par le secrétariat du Fonds. Au titre du Fonds d’Adaptation (FA), les diligences ont été poursuivies dans une perspective de ré-accréditation auprès dudit Fonds.

Les défis, tendances lourdes et germes de changement liés à l’environnement, aux changements climatiques, à la politique agricole et à la sécurité alimentaire

Les variables pollution de l’environnement, climats, ressources foncières et forestières, ressources en eau, production agricole et sécurité alimentaire impactent l’évolution du système UEMOA. 

Il existe plusieurs tendances lourdes liées aux différentes variables susmentionnées à savoir : le faible niveau de maîtrise de l’eau pour le développement agricole, la persistance de l’insécurité alimentaire, la réduction progressive des ressources en eau et la forte dépendance aux énergies fossiles.  

Malgré l’existence de tendances lourdes, le système UEMOA subit des mutations qui impactent son évolution. Ce sont l’augmentation du niveau d’émission du CO2, de 1,141 Tonne métrique / habitant en 1990 à 2,89 tonnes métriques / habitants en 2019 (https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/en.atm.co2e.pc?end=2019&l… chiffres), l’intérêt marqué pour la promotion d’une agriculture moderne et la mise en œuvre de projets de développement dans le secteur du vivrier.  

Cependant, des incertitudes critiques telles que la variabilité climatique, les conflits fonciers, les déficits structurels entre la production et la consommation menacent les politiques agricoles et environnementales mises en œuvre. L’augmentation des températures, la hausse du niveau des mers, la modification des régimes de précipitations et autres conditions météorologiques extrêmes sont des menaces pour le développement socio-économique des pays. En 2019, des pluies diluviennes ont fait sortir le fleuve Niger de son lit et ont touché plus de 210 000 personnes, faisant 57 morts, détruisant 16 000 maisons, causant des pertes de récoltes et endommageant des installations hydro-agricoles.

Selon l’Indice de résilience climatique pour l’Afrique, calculé dans le rapport sur les Perspectives économiques en Afrique de l’Ouest 2022, entre 2010 et 2019, les trois pays de l’UEMOA les moins résilients sont le Niger, la Guinée-Bissau, le Mali (BAD, 2022). Selon la même étude de la BAD (Perspectives économiques de l’Afrique de l’Ouest 2022), le Sénégal est le pays le plus résilient de la zone UEMOA face aux chocs climatiques.

Cette vulnérabilité à la zone UEMOA face aux chocs climatiques pourrait découler de son faible niveau de développement socio-économique, du manque de ressources augmentant le risque de non atteinte des objectifs de développement durable.

Les politiques sectorielles élaborées par l’UEMOA et ses Institutions constituent des forces du système, car elles permettent d’anticiper certains chocs et de résorber les contraintes de développement observées.